" Le Pont Mirabeau "

Apollinaire, Alcools

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   Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni le temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le Pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

EXPLICATION DU TEXTE

BUT DE L'AUTEUR
THEME DE L'EAU DANS LE TEXTE
CONCLUSION

   Apollinaire est un auteur du début du 20ème siècle, mort très jeune de la grippe espagnole. Dans les années 1907 - 1912, il a une liaison avec Marie Laurencin. En 1912, date de rédaction du poème, la liaison est rompue. C'est vraisemblablement de celle-ci qu'il parle dans son poème. Le pont Mirabeau est un pont de Paris au niveau d'Auteuil, l'auteur y passait souvent. Apollinaire donne ce nom à son poème, le pont Mirabeau devient donc symbolique de sa rupture avec Marie Laurencin et de la brièveté des relations amoureuses. Apollinaire réutilise la métaphore de l'eau qui coule pour représenter le temps qui s'écoule.

    Philosophie d'Héraclite "pannta rhëi" (= tout coule)

    Il s'agit d'un poème lyrique, appartenant à la poésie élégiaque, marqué par un refrain en distique.

    L'élégie est un poème lyrique à tonalité triste et mélancolique dont le thème est le plus souvent l'amour ou la patrie.

    Le mètre des quatrains du poème sont variés (décasyllabe - 10, tétrasyllabe - 4 et hexasyllabe - 6). Il y a une absence totale de ponctuation, ce qui est une caractéristique de la poèsie moderne. La respiration du texte est donnée par le rythme des vers.

    Le poème est un monologue dont le locuteur est le poète lui-même. Le poème s'inscrit dans la tradition romantique du 19ème siècle où s'expriment volontiers les sentiments personnels. C'est beaucoup moins emphatique. Emphase : grossissement

    Le poème est adressé à Marie Laurencin et a une tonalité mélancolique, plutôt amère que desespérée. L'auteur oppose le lexique du temps qui passe au fait que le poète reste présent : c'est un renversement de la thématique habituelle.

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BUT DE L'AUTEUR :

   réflexion désabusée sur la fragilité de la relation amoureuse dans la vie de l'homme.

    Dans le distique, il s'agit d'une idée originale. Le poète se voit continuer à rester là, assailli par ses souvenirs. Il y a l'idée de la permanence de la personnalité à travers le temps. Le temps passe plus lentement après une déception. C'est un thème paradoxal par rapport à celui que l'on trouve souvent en littérature : brièveté de la vie humaine opposée à la pérennité des éléments naturels : l'homme est permanent tant qu'il est vivant alors que le temps passe.

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THEME DE L'EAU DANS LE TEXTE :

   Il apparaît dans les quatres quatrains

    1er vers : description, truisme. Ce vers banal se retrouve à la fin et suggère ainsi le cycle du temps, l'immobilité du pont (parallèle au "Je demeure" du distique) et la fluidité du temps qui passe comme l'amour.

    truisme = vérité évidente

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CONCLUSION :

    Le thème de l'eau est ici utilisé de façon conventionnelle dans la tradition littéraire pour évoquer métaphoriquement la fuite du temps. Mais le thème est renouvelé tout d'abord par la référence urbaine très précise, mais surtout par le fait qu'une seconde métaphore s'enchâsse dans la première : celle de l'instabilité de la relation amoureuse vouée à l'échec.

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